dialogue entre la philosophe Magali Bessone et le géographe Jean-Marie Théodat
En 1825, la France extorquait à la république haïtienne – premier État issu d’une insurrection d’esclaves – une dette colossale en échange de la reconnaissance de son indépendance politique. Une somme dont l’État haïtien n’a pu s’acquitter qu’en empruntant aux banques françaises et qui pesa lourdement sur son histoire. Deux cents ans plus tard, le président français a chargé une commission franco-haïtienne d’historien·nes d’étudier les effets de cette « double dette » imposée par la France, en éludant cependant toute restitution de la « rançon de l’indépendance ». À l’heure où les réparations pour les injustices coloniales s’imposent comme un enjeu mondial, au-delà de la charité ou de l’aide au développement, nous nous demanderons ce que nous devons à Haïti. Et, plus largement, quelles obligations de justice réparatrice ont les États occidentaux à l’égard de populations avec lesquelles leurs relations historiques sont celles d’injustices spécifiques, persistantes et structurelles : colonisation, esclavage, extraction, exploitation, impérialisme. Comment repenser cet héritage colonial et la possibilité d’un « nous » politique ?
Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste au Nouvel Obs





