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Eyal Weizman est un architecte et chercheur israélien. Il a fondé et dirige le collectif de recherche Forensic Architecture (un collectif rassemblant des architectes, des designers, des vidéastes, des informaticiens, des juristes et des chercheur·euses, dont le travail d’investigation et de modélisation consiste à reconstituer et à exposer des crimes commis par des États).
Il est professeur de cultures spatiales et visuelles à Goldsmiths, Université de Londres, où il a créé en 2005 le Centre for Research Architecture. En 2007, il a créé avec Sandi Hilal et Alessandro Petti le collectif d’architectes DAAR à Beit Sahour en Palestine. Une part de son travail se situe dans le champ artistique. Il montre son travail de recherche architecturale par des moyens plastiques et au travers d’expositions. Il est l’auteur de nombreux livres, dont À travers les murs. L’architecture de la nouvelle guerre urbaine (La Fabrique, 2008), La vérité en ruines. manifeste pour une architecture forensique (Zones, 2021) et L’art de la contre-enquête (Presses du Réel, mai 2025), coécrit avec Matthew Fuller.
En 2019, il a été élu « life fellow » de la British Academy. En 2020, on lui a décerné le titre de MBE (membre de l’Empire britannique) pour « services rendus à l’architecture ».

 

Bibliographie

La vérité en ruines. Manifeste pour une architecture forensique

Zones, 2021

Comment, dans un paysage politique en ruines, reconstituer la vérité des faits ? La réponse d’Eyal Weizman tient en une formule-programme: « l’architecture forensique ». Approche novatrice au carrefour de plusieurs disciplines, cette sorte d’architecture se soucie moins de construire des bâtiments que d’analyser des traces que porte le bâti afin de rétablir des vérités menacées. Impacts de balles, trous de missiles, ombres projetées sur les murs de corps annihilés par le souffle d’une explosion: l’architecture forensique consiste à faire parler ces indices.
Si elle mobilise à cette fin des techniques en partie héritées de la médecine légale et de la police scientifique, c’est en les retournant contre la violence d’État, ses dénis et ses « fake news ». Il s’agit donc d’une « contre-forensique » qui tente de se réapproprier les moyens de la preuve dans un contexte d’inégalité structurelle d’accès aux moyens de la manifestation de la vérité.
Au fil des pages, cet ouvrage illustré offre un panorama saisissant des champs d’application de cette démarche, depuis le cas des frappes de drone au Pakistan, en Afghanistan et à Gaza, jusqu’à celui de la prison secrète de Saidnaya en Syrie, en passant par le camp de Staro Sajmište, dans la région de Belgrade.

À travers les murs

La Fabrique, 2008

Lors de la réoccupation des villes de Palestine au printemps 2002, l’armée israélienne a utilisé une tactique inédite : au lieu de progresser dans les rues tortueuses des vieux quartiers ou des camps de réfugiés, les soldats passaient de maison en maison, à travers murs et planchers, évitant ainsi de servir de cibles aux résistants palestiniens. Cette méthode, «conceptualisée » sous le nom de « géométrie inversée » par des généraux qui aiment à citer Debord, Deleuze et Guattari ou Derrida, représente un tournant postmoderne dans la guerre des villes. Les territoires occupés sont ainsi devenus un laboratoire spatial pour de nouvelles techniques d’attaque, d’occupation et de contrôle de populations, qui sont ensuite exportées aux frontières où se livre la guerre globale. Et inversement, la réflexion sur l’urbanisme est largement passée dans des centres de recherche où des militaires travaillent sur l’art de construire / détruire en s’appuyant sur de pseudo-concepts philosophiques. Mais Eyal Weizman montre que ces idées nouvelles – substrat d’une querelle des Anciens et des Modernes dans l’armée israélienne – n’ont pas été étrangères au fiasco libanais de l’été 2006.

Participations à La Manufacture d'idées

  • 23 août 2025

    Projection de Put your Soul on your Hand and Walk suivi d’une rencontre