© Carole Lozano

Riccardo Ciavolella est anthropologue. Chercheur au CNRS, il dirige le Laboratoire d’anthropologie politique de l’EHESS de Paris. Il a effectué des recherches ethnographiques en Afrique et en Europe, et est l’auteur de plusieurs essais et monographies portant sur l’anthropologie et le politique aux marges du monde. Ses travaux portent notamment sur l’histoire de l’anthropologie politique, en mettant en perspective la production d’un savoir sur « le politique autrement » et la capacité de celui-ci à inspirer des nouvelles formes d’imagination. Il s’intéresse également à d’autres formes d’écriture et d’expression, en réfléchissant au rapport entre anthropologie comme science humaine et sociale et anthropologie comme univers expressif et narratif. Il est l’auteur de : Les Peuls et l’État en Mauritanie : une anthropologie des marges (Karthala, 2010), L’ethnologue et le peuple : Ernesto de Martino entre fin du monde et Résistance (1943-1945) (Mimésis, 2020) et Pétaouchnok(s) : du bout du monde, au milieu de nulle part (La Découverte, 2023).

Bibliographie

Pétaouchnok(s)

La Découverte, 2023

Pétaouchnok n'existe peut-être pas. Mais, dans les langues les plus diverses, de nombreuses expressions similaires renvoient à des lieux réels, même si les gens qui les nomment l'ignorent parfois. De Bab-el-Oued à Tombouctou, de la Conchinchina espagnole au Canicattì italien, du Podunk américain au Java chinois, des îles Mouk Mouk québécoises au Houtsiplou wallon : tous ces lieux désignent un espace flou, entre réel et imaginaire. À travers quatre-vingts entrées illustrées, ce livre propose un voyage à la recherche de leur sens idiomatique, sur les traces de leurs périples et détours, à la croisée de l'anthropologie, de l'histoire, de la géographie et de la littérature.
Nommés comme s'ils étaient des lieux fictifs pour indiquer le bout du monde ou un trou perdu au milieu de nulle part, les Pétaouchnok(s) du monde entier recèlent, au contraire, la réalité tragique ou ironique de l'expérience humaine. De la brousse africaine aux steppes de Sibérie, en passant par la pampa argentine, ils rappellent les rapports de domination entre centre et périphéries des empires, et révèlent les visions racistes des prétendus civilisés sur les ploucs et les barbares. Destinations de purges ou villages perdus, instituts d'internement ou terres sauvages, ils sont le nom d'utopies ratées ou d'hétérotopies négatives. Pourtant, ils peuvent aussi être des espaces de liberté, ou du moins d'évasion. Ils sont surtout la métaphore de la vie de tout un chacun et les centres d'autres mondes en gestation.
Dans une époque où la planète et l'imaginaire semblent verrouillés et exploités jusqu'à leurs frontières ultimes, ces Pétaouchnok(s) sont ce qu'il nous reste. Non pas pour partir sur Mars, mais pour revenir sur Terre.