Lignes de possibles

Lorsque nous avons conçu La Manufacture d’idées, nous étions loin d’imaginer son trajet et son devenir dix ans plus tard. Nos objectifs d’alors étaient de créer une manifestation de grande qualité en milieu rural, de contribuer à replacer les sciences humaines au cœur de la chose publique et du débat citoyen, de proposer un cadre qui permette de prendre le temps de la réflexion, de faire un pas de côté par rapport à l’actualité.

Très vite, le festival s’est orienté vers les problématiques écologiques, les liens entre les êtres humains et les autres vivants, les alternatives pour penser et habiter le monde autrement, sans se départir des enjeux politiques, de la tension entre transition écologique et justice sociale. La Manufacture d’idées s’est ainsi imposée au fil des années comme un rendez-vous de référence sur le sujet.

Comme le relève l’écrivain Amitav Ghosh, « l’Anthropocène présente un défi non seulement pour les arts et les sciences humaines, mais aussi pour notre conception et au-delà pour la culture contemporaine en général. » C’est pourquoi il nous parait si important de rapprocher les expériences et les savoirs, de croiser les travaux scientifiques, la création artistique, la littérature ou la pratique pour interroger les transformations majeures de notre temps et construire de nouveaux récits.

La 10e Manufacture d’idées s’intitulera « Lignes de possibles ». Il s’agira de continuer à tracer nos « lignes d’engagement », de poursuivre notre réflexion sur les formes de vie dans le contexte des bouleversements actuels. Nous évoquerons notamment les lignes de fuite des femmes migrantes et le sort des disparus en Méditerranée ou débattrons de certaines lignes de front et de différents régimes d’actions (de la ZAD de Notre-Dame-des Landes aux luttes des peuples autochtones).

Nous nous intéresserons également aux lignes produites par les activités humaines (dans la marche, le dessin, l’écriture, le tissage, la cartographie, l’architecture…) à partir de l’analyse de l’anthropologue anglais Tim Ingold et de son ouvrage passionnant, Une brève histoire de lignes.  Tim Ingold nous invite à considérer cette production de lignes et de gestes comme la « texture du monde », dans une approche écologique de l’homme dans son milieu… Ouvrant ainsi la voie à toutes sortes d’imaginaires, à de nouvelles lignes de possibles.

 

Amitav Ghosh, Le Grand Dérangement. D’autres récits à l’ère de la crise climatique (Wildproject, 2021)
Tim Ingold, Une brève histoire des lignes (Zones Sensibles, 2011)