Mélanie Pavy

Mélanie Pavy est cinéaste, artiste et docteure en cinéma. Après avoir travaillé pendant une dizaine d’années comme chef-monteuse pour le cinéma, elle réalise un premier long-métrage, Cendres (co-réalisé avec Idrissa Guiro), sorti en salle en juin 2015. Pour préparer ce projet, elle est pendant 7 mois, pensionnaire de la Villa Kujoyama à Kyôto, en 2012. C’est durant ce séjour, quelque mois après la triple catastrophe de Fukushima, qu’elle découvre dans la presse japonaise l’existence du projet Oméga. Celui-ci prévoit la construction d’une ville japonaise dans le sud de l’Inde présumée servir de refuge pour l’élite japonaise en cas de nouvel accident nucléaire. En partant de cet évènement réel et de l’hypothèse, digne d’un scénario de science-fiction, qui l’accompagne, elle a développé durant quatre ans un travail de « fabulations documentaires » – composé de textes, films et installations – dans le cadre du doctorat SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche), au sein de la FEMIS et de l’École Normale Supérieure de Paris / Paris Sciences et Lettres, exposé et soutenu à la FEMIS en septembre-octobre 2020. Elle a également collaboré pour ce projet au collectif Call It Anything qui associe scientifiques et artistes autour de la vie après la triple catastrophe de 2011.

À travers son travail, Mélanie Pavy questionne notre capacité à penser et à mettre en récit la perte du monde. Sa pratique s’est peu à peu éloignée d’un cinéma narratif pour s’ouvrir à des mises en scène plus expérimentales et à l’installation. En accumulant plusieurs versions d’une même histoire, en bouclant l’événement traumatique sur lui-même ou en brouillant les temporalités du récit, ses œuvres s’attachent néanmoins à créer des espaces capables de contenir ces récits contradictoires et de nous maintenir dans leur trouble. S’élabore à travers elles, une mémoire étrange, dans laquelle persiste, malgré la catastrophe, l’espoir d’un devenir.

Elle a notamment réalisé en 2018 Mon Furusato, une installation holographique composée d’une série de monologues d’habitants de Tôwa, un petit village agricole situé à 50km de la centrale de Fukushima. L’année suivant la triple catastrophe de 2011, les récoltes de riz, les pommes, les shiitake (champignons) et les autres aliments cultivés dans la commune ont été détruits dans leur totalité, les taux de radioactivité qu’ils contenaient les rendant impropres à la consommation.  À partir des témoignages recueillis pendant trois ans, Mélanie Pavy interroge la manière dont les habitants tentent de refabriquer du sens sur un territoire devenu en partie hostile.