Les gestes-barrières de Bruno Latour

La crise sanitaire actuelle s’inscrit dans une mutation écologique durable et irréversible nous rappelle le sociologue et philosophe Bruno Latour. Pour l’auteur de Où atterrir ? et Pasteur : guerre et paix des microbes, il serait dramatique de ne pas profiter de cet arrêt général « pour infléchir le système de production dont nous savons qu’il nous précipite vers la catastrophe ». Retrouvez l’entretien de Bruno Latour à la Matinale de France Inter

Photo : © ULI DECK/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES

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Présentation de Où atterrir ?

Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.
D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.
L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national. Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.