©Eric Lepointe

Dipesh Chakrabarty est un historien indien. Il est professeur d’histoire, de civilisations et de langues sud-asiatiques à l’université de Chicago. Il est l’auteur de Provincialiser l’Europe : la pensée post-coloniale et la différence historique (Amsterdam, 2020), essai phare des études post-coloniales, et de Après le changement climatique, penser l’histoire (Gallimard, 2023), ouvrage issu d’une réflexion engagée depuis une dizaine d’années sur les effets du changement climatique, sur la manière dont ce bouleversement affecte la discipline historique elle-même, le rapport de l’homme au temps et au monde, et finalement la condition humaine.

Extrait :

« Nous ne vivons pas pas simplement dans un ère globale, mais au bord du global et de ce qu’on peut appeler le « planétaire ». En pensant aux derniers siècles de passés humains et aux futurs humains encore à venir, il nous faut nous orienter vers ce que nous avons appris à appeler le globe mais aussi vers une nouvelle entité historico-philosophique qui s’appelle la planète. Celle-ci n’est pas la même chose que le globe, la Terre ou le monde – les catégories employées jusqu’ici pour organiser l’histoire moderne (…) Le globe, à mon sens, est une construction humano-centrique ; la planète, ou plus exactement le système Terre, suivant l’usage que j’en fais ici, décentre l’humain. Le doublement du nombre d’êtres humains nous oblige désormais à réfléchir à la façon dont les diverses formes de vie, les nôtres et celles des autres, peuvent être saisies dans des processus historiques qui réunissent le globe et la planète à la fois comme entités projetées et comme catégories théoriques et donc mêlent l’échelle de temps limitée au regard de laquelle les hommes modernes et les historiens humanistes envisagent l’histoire aux échelles de temps de l’histoire profonde dans leur inhumaine immensité. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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