Pour accompagner la session consacrée au Field Recording (ou enregistrement de terrain), nous vous proposons chaque mois une playlist musicale sur ce thème. Retrouvez une présentation détaillée dans la suite de l’article.

En marge du concert Big Sun du samedi 12 mai, Christophe Chassol s’entretiendra sur le Field recording avec l’historien Alexandre Galand, auteur d’un ouvrage passionnant sur le sujet, Field recording. L’usage sonore du monde en 100 albums (Le mot et le reste, 2012).

Extrait

Le field recording, ou enregistrement de terrain, est une pratique apparue logiquement à la fin du 19e siècle avec l’invention de systèmes d’enregistrement, de plus en plus portables. Peu à peu, le studio perd de sa fatalité et l’homme peut partir par les chemins pour capter quantité de musiques et de sons. Les premiers à se lancer sont les ethnomusicologues et les audio-naturalistes. Les uns sont en quête des musiques de divers peuples de la terre, vivant souvent loin des grandes villes et de leurs facilités logistiques. Les autres souhaitent quant à eux conserver la trace des sons de la nature.

Immense et riche de millions de détails sonores, le terrain est pourtant soumis à de nombreuses pressions. Les conséquences de la révolution industrielle se ressentent aux quatre coins de la Terre. Des espèces animales et des milieux naturels disparaissent, tandis que le bruit s’installe partout, tel un acouphène dont on ne peut se débarrasser. Le colonialisme, les guerres, les mouvements de population, les maladies et l’obligation de se conformer à des normes nationales entraînent l’effondrement de nombreux groupes ethniques, de leurs traditions et de leurs musiques. Au fur et à mesure que le 20e siècle avance, ces multiples processus s’additionnent, s’imbriquent et s’accélèrent. Bientôt l’homme ne pourra plus que se souvenir de ce passé mutilé. Alexandre Galand

 

Photo de Nicolas Bouvier à Tabriz

Nicolas Bouvier à Tabriz

Alan Lomax

 

 

Chaque mois jusqu’au festival, nous vous proposerons une Playlist d’une dizaine de titres de ces formes musicales et laboratoires sonores particuliers. Pour la première, hommage à l’écrivain Nicolas Bouvier dont le livre L’usage du monde a fortement influencé l’intitulé de cette 7e édition. Lorsqu’il entreprend son voyage mythique entre sa Suisse natale et l’Inde en 1953, Nicolas Bouvier emporte avec lui un prototype de Nagra, un des premiers magnétophones portables, fabriqué et prêté par son inventeur lui-même Stefan Kudelski. Avec cet objet, sur les routes des Balkans, de la Turquie, de l’Iran et du Pakistan, il enregistre les musiques qu’il croise en chemin : orchestres tziganes, clarinettes persanes, chants entendus dans des petits villages de montagne… Pour Alexandre Galand, Bouvier figure d’ailleurs « parmi les premiers collecteurs non professionnels de musiques, guidés uniquement par leur intuition et leur envie de découvrir d’autres sons et mélodies ». Hommage également aux pionniers de cette pratique, à ceux qui sortirent des studios pour se confronter à l’imprévisible : Alan Lomax, Bernie Krause, Chris Watson ou encore Luc Ferrari. Sans compter Chassol qui lui donne une nouvelle dimension avec ses ultrascores.

Les titres de la playlist

Carnet de chansons de Nicolas Bouvier

Carnet de chansons de Nicolas Bouvier

  • Nicolas Bouvier évoquant son voyage sur un extrait de Sevdalinka (chanson bosniaque)
  • Clarinettes persanes enregistrées à Tabriz par Nicolas Bouvier (Le vent des routes)
  • Chassol – Dosidomifa, Pt. I (Indiamore)
  • Chassol – Little Krishna & The Girls (Indiamore)
  • Luc Ferrari – Promenade symphonique dans un paysage musical (Son mémorisé)
  • Alan Lomax – No more, my lawd (Negro prison blues and songs)
  • Country Joe Mc Donald & Bernie Krause – Desert Love-in (Natural imperfections)
  • Rodolphe Burger & Olivier Cadiot – On n’est pas des indiens (Welche)
  • Chris Watson –  La Anunciante (El Tren Fantasma)
  • Chris Watson – El Divisadero (El Tren Fantasma)

(n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et de vos suggestions pour les prochaines Playlist)

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